jeudi 27 avril 2017

Le statut de Mu’awiyah chez les Musulmans

L’un des compagnons à propos duquel les Chiites Imamites ne se gênent pas pour exprimer leur haine publiquement se nomme Mu’awiyah ibn Abi Sofiyan . Leur dogme leur recommandant de cacher leur haine des Compagnons tel que Abu Bakr ou Omar c’est donc Mu’awiyah qui cristallise toute cette rancœur qui habite les Chiites Imamites, il représente le Cheval de Troie qui leur permet d’attaquer sous l’angle historique, l’édifice Musulman (Sunnite). D’ailleurs, al-Hafidh Abul Qassim ibn Asakir rapporte dans son Tarikh Dimachq qu’on interrogea l’Imam al-Nasa’ï à propos de Mu’awiyah , et sa réponse fut la suivante :

« L’Islam est comme une maison avec une porte. La porte de l’Islam est représentée par les Compagnons. Quiconque dénigre les Compagnons ne souhaite par là que s’attaquer à l’Islam, tout comme celui qui frappe à une porte pour entrer dans une maison. Concernant Mu’awiyah (raah), quiconque le dénigre ne souhaite en fait que trouver un moyen de dénigrer les Compagnons en général1. »

L’objectif de cet article n’est pas de reprendre les multiples griefs que lui font les Imamites, ce qui se fera dans un prochain article mais plutôt de montrer le statut de ce compagnon chez les Musulmans Sunnites, en effet dans leur propagande les Chiites essaient d’isoler ce Compagnon en faisant croire que seuls les « Wahabites » défendent son honneur et sa mémoire à l’inverse des autres groupes se réclamant du Sunnisme qui, comme les Chiites, le dénigreraient et l’accuseraient de tous les maux, or ceci comme souvent est faux. Pour le prouver, nous avons trouvé intéressant de traduire un article2 tiré du site anglophone Islamqa.org3 dont les hommes de sciences répondent en fonction de leur École de jurisprudence (Hanafite et Chafi’ite) mais aussi par rapport à la doctrine dont ils se réclament et qui est celle de l’Imam Abu al-Hassan al-Ach’ari (ra), et dont la ligne éditoriale est totalement opposée au Wahabisme. D’ailleurs dans une autre de ses réponses, le Cheikh Amjad Rasheed développe la question des « différences entre les croyances des Sunnites et celle des Salafis »4, ce qui est à tout du moins, une preuve que l’auteur n’est pas Wahabi ou Salafi.

Dans cet article, l’auteur Amjad Rasheed5 répond à deux questions qui sont :

– Que disent les savants à propos de Mu’awiyah ?
– Qu’en est-il de celui qui le considère égaré ou incroyant ?

Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux le Très-Miséricordieux,

La position de nos Imams de l’Ecole Sunnite Ash’arite est que Sayiduna Mu’awiyah est considéré comme faisant partie des Compagnons du Prophète ﷺ. Tous les Compagnons sont d’un rang élevé, ayant eu l’honneur d’avoir rencontré notre noble Messager d’Allah ﷺ, et le Prophète ﷺ est mort en étant satisfait d’eux tous. Il est vrai que les rangs des Compagnons se distinguent par leur vertu, en fonction de l’entrée en Islam, si celle-ci s’est faite dans les premiers temps, et aussi en fonction de la propension des Compagnons à servir la religion par leur personne et leurs biens. [Voir : Taftazani, Charh al-Aqa’id al-Nasafiya et ses commentaires; Laqani, Jawharat al-Tawhid, et ses commentaires par Bajuri, Sawi, Tattan, et d’autres].

La position de l’Islam Sunnite est que les différents et disputes qui ont eu lieu entre les Compagnons durant leur période de désaccord ne nous permet pas de les décrier ou de parler en mal d’eux. Ceci s’applique autant à Ali qu’à Mu’awiyah ainsi qu’à ceux qui les ont suivis. D’autant plus mauvais serait le fait de considérer l’un d’eux comme étant égaré ou (à Allah ne plaise) un mécréant, excepté pour ceux dont l’apostasie a clairement été établie.

Avoir une bonne opinion des nobles Compagnons du Prophèteﷺ implique que s’ils ont commis un péché, ils se sont hâtés vers le repentir, et qu’à travers la bénédiction d’avoir été proche du Messager d’Allahﷺ, ils furent honoré par la mort en étant Musulman et dans le meilleur état qui puisse être.

Il existe un consensus des savants de l’Islam Sunnite que Sayiduna Ali  était dans son droit dans les différents qui existaient entre lui et Sayiduna Mu’awiyah , et que ces différents ne sont pas apparus à cause de désirs personnels ou caprices mais plutôt à travers l’exercice de leur réflexion personnelle (Ijtihad). Sayiduna Mu’awiyah a certes fait erreur, mais il recevra la récompense de son Ijtihad, et il n’était pas pêcheur à cause de cette erreur.

Ceci a été déclaré explicitement par l’Imam reconnu dans le domaine des croyances de l’Islam Sunnite, Sayiduna Abu al-Hassan al-Ach’ari , dans son Maqalat, et ce fut la position d’autres après lui. Ce qui a été attribué faussement à l’Imam al-Ach’ari qu’il considérait  Mu’awiyah comme étant un pêcheur et un égaré est simplement une erreur d’attribution. [Comme Cheikh Amjad l’a prouvé dans un traité qu’il a rédigé à ce sujet, il s’agit d’un cas délibéré de corruption de texte].

Notre devoir est de rester silencieux à propos des disputes qui ont eu lieu entre les Compagnons, et d’avoir une bonne opinion d’eux tous. Et l’Imam al-Ghazali  a considéré les discussions futiles (Khawd) sur ce qui s’est passé entre les Compagnons comme discussions vaines dans le Batil  (le Faux) et ceci est interdit (Muharram) comme cela est rapporté dans al-Ihya.

Concernant les quelques narrations dans lesquelles certains d’entre eux (les Compagnons) se sont mal parlés, ces narrations sont soit très faibles [ou dans certains cas fabriquées] ou peuvent être interprétées convenablement. L’Imam al-Haramayn al-Juwayni [le maître d’al-Ghazali] a dit concernant l’explication correcte de ces différents : “Un homme de religion (qui a un minimum de connaissance religieuse) le ferait aisément (c’est à dire qu’il expliquerait aisément que ces « narrations dans lesquelles certains Compagnons se sont mal parlés entre eux » sont soit faibles ou clairement explicables).

Concernant celui qui déclare Mu’awiyah  égaré ou mécréant, une telle personne est considérée comme un innovateur (Mubtadi’). Le déclarer mécréant est bien plus dangereux : cela pourrait le conduire à la mécréance lui-même, car le Messager d’Allah ﷺ a dit : “Si l’un d’entre vous déclare son frère mécréant, alors certainement l’un d’entre vous deux est mécréant.”

Nous vous proposons de visionner cette vidéo d’un orateur francophone, Cheikh Moncef Zenati qui réfute quelques accusations diffusées sur le web francophone à l’encontre de Mu’awiyah , par des individus sans scrupule.


Et c’est Allah qui accorde le succès.

 

 

 

 

  1. 1. Tahdhib al-Kamal d’al-Mizzi, vol.1 p.339
  2. 2. Disponible sur le lien suivant : http://islamqa.org/shafii/qibla-shafii/33181
  3. 3. L’article se trouvait précédemment sur le site Sunnipath qui n’existe plus à l’heure actuelle.
  4. 4. http://islamqa.org/shafii/qibla-shafii/33425
  5. 5. Cheikh Amjad Rasheed est un jeune Palestinien qui a étudié le Droit Islamique (avec une spécialisation dans le Fiqh Chafi’ite) pendant plusieurs années auprès de savants en Syrie, Jordanie et à Hadramawt au Yémen. Il a reçu plusieurs Ijazat (terme arabe dont la définition conventionnelle serait la “permission de transmettre un savoir acquis auprès d’un Cheikh”) lui permettant de transmettre son savoir acquis dans les assises auprès des savants, à d’autres personnes. Récemment il a complété son Doctorat en Droit Islamique par une édition critique annotée du Khulasat al-Mukhtasar de l’Imam al-Ghazali. Élève du Cheikh Nuh Keller, il passe régulièrement son temps à Amman et livre des enseignements publiques dans différents domaines dont le Fiqh Chafi’ite dans la Zawiya du Cheikh Nuh. Sur le site Islamqa.org – anciennement Sunnipath – les questions du domaine du Fiqh Chafi’ite sont traduites en arabe et envoyées au Cheikh Amjad dont les réponses sont elles traduites en anglais et postées sur le site. C’est dire l’orientation de ce site par rapport à ceux que les Imamites appellent les « Wahabites » ou « Salafistes ».

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