mercredi 23 janvier 2019

La science du Hadith chez les Chiites Imamites : Les auteurs des ouvrages de référence Chiite et leurs rapporteurs (8/15)

7) Sur les auteurs des ouvrages de référence et les rapporteurs Chiites Imâmites

Nombreux sont les auteurs d’ouvrages de référence Chiites Imâmites ainsi que leurs rapporteurs à avoir été déclarés ou considérés comme Da’if (Faible), Majhûl (Inconnu), Kadh-dhab (Menteur), Fâssiq (Pervers) ou suivant des voies autres que celle du Chiisme Imâmite Duodécimain. Et malgré cela, leurs ouvrages et récits sont approuvés et servent de justification et d’argument ! Le Maître du groupe, Cheikh al-Tâ’ifah al-Tûssî écrit clairement :

كثيرا من مصنفي أصحابنا وأصحاب الأصول ينتحلون المذاهب الفاسدة ، وإن كانت كتبهم معتمدة
« Nombreux sont les auteurs, parmi nos compagnons ou parmi les auteurs des Ussûl (Fondements), qui suivaient des voies/écoles [madhâhib] égaré(e)s, et [pourtant] leurs ouvrages sont approuvés1. »

Plus encore, beaucoup de rapporteurs dans ces ouvrages étaient faibles ou inconnus. Al-Hurr al-’Amilî écrit :

ومن المعلوم – قطعا – أن الكتب التي أمروا عليهم السلام بها كان كثير من رواتها ضعفاء ومجاهيل وكثير منها مراسيل
« Et il est connu et dûment établi que les livres sur lesquels ils [les Imams] nous ont ordonné de nous baser [pour œuvrer], contiennent de nombreux rapporteurs faibles ou inconnus et [contiennent également] de nombreux [Hadith] interrompus (Marâssîl)2. »

Et concernant les rapporteurs considérés comme fiables, nombreux sont ceux qui rapportèrent d’après des rapporteurs menteurs, inconnus et faibles alors qu’ils connaissaient pertinemment leur condition (de menteurs). En dépit de cela, ils acceptaient leurs récits et attestaient même de leur authenticité ! Al-Hurr al-’Amilî écrit :

ومثله يأتي في رواية الثقات، الأجلاء – كأصحاب الإجماع، ونحوهم – عن الضعفاء والكذابين،  والمجاهيل، حيث يعلمون حالهم ويروون عنهم ويعملون بحديثهم ويشهدون بصحته
« Et de la même façon, pour les récits des [rapporteurs] fiables, al-Ajillâ’ comme les Gens du Consensus (Ashâb al-Ijmâ’)3 et d’autres – d’après les faibles, les menteurs et les inconnus, sachant qu’ils connaissent leur condition [de faibles, menteurs ou inconnus] et néanmoins rapportent d’eux, et œuvrent d’après les Hadith qu’ils rapportent et témoignent quand même de l’authenticité de ces Hadith4. »

Al-Charîf al-Murtadhâ fait ce triste constat et rejette tous les récits Chiites en déclarant que les récits rapportés dans les ouvrages des Gens (Ashab) du Hadith Chiites Imâmites ne peuvent pas être considérés comme étant des arguments ! Il écrit :

ودعنا من مصنفات أصحاب الحديث من أصحابنا ، فما في أولئك محتج ، ولا من يعرف الحجة ، ولا كتبهم موضوعة للاحتجاجات
« Et ne nous parle pas des ouvrages des gens du Hadith parmi nos compagnons, car aucun d’eux n’est un argumentateur (expert dans l’argumentation) ni ne connait l’argumentation, et leurs livres ne sont pas appropriés à l’argumentation5. »

Et cela sans compter le fait que l’axe de la « méthodologie » des savants Imamites dans leurs avis et opinions pour juger de la faiblesse ou la fiabilité des rapporteurs se basaient sur l’intuition et la conjecture (al-Dhânn) ! Le savant Imamite al-Wahîd al-Bahbahânî écrit :

والمدار في التعديل على ظنون المجتهد
« L’axe [pour juger] de l’agrément [d’un rapporteur] repose sur les conjectures (Dhanûn) du savant6. »

Alors que la doctrine Chiite interdit pourtant catégoriquement de juger et œuvrer sur la base de conjectures ! L’Ayatollah Al-Khô’î écrit :

قد ثبت بالأدلة الأربعة حرمة العمل بالظن
« Il a été prouvé par les quatre preuves  l’interdiction d’œuvrer par la conjecture (al-Dhann)7. »

Et d’ailleurs, c’est Allah Lui même qui interdit une telle façon de procéder :

۞يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا اجْتَنِبُوا كَثِيرًا مِنَ الظَّنِّ إِنَّ بَعْضَ الظَّنِّ إِثْمٌ۞

۞Ô vous qui avez cru, évitez de trop conjecturer [sur autrui] car une partie des conjectures est péché8.۞

۞وَمَا لَهُمْ بِهِ مِنْ عِلْمٍ إِنْ يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَإِنَّ الظَّنَّ لَا يُغْنِي مِنَ الْحَقِّ شَيْئًا۞

۞Alors qu’ils n’en ont aucune science; ils ne suivent que la conjecture alors que la conjecture ne sert à rien contre la vérité9.۞

  1. 1. Al-Fihrist d’al-Tûssî page 32
  2. 2. Wassâ’il al-Chi’a al-Hur al-’Amilî, vol. 30 page 244
  3. 3. Remarque : Ashab al-Ijma’ renvoi à un groupe bien précis chez les savants Imamites du Hadith : il s’agit de dix-huit personnes considérées comme Thiqah (le pluriel est Thuqat) et qui sont nommément désignées. Il s’agit de six disciples d’Al-Baqir, de six disciples de Ja’far Al-Sâdiq et six disciples de Moussa Al-Kadhim
  4. 4. Wassâ’il al-Chi’a al-Hur al-’Amilî, vol. 30 page 206
  5. 5. Rassâ’il al-Murtadhâ d’al-Charîf al-Murtadhâ, Vol.1 page 26-27
  6. 6. Al-Fawâ’id al-Hâ’iriya, al- Wahîd al-Bahbahânî, page 489
  7. 7. Mu’jam Rijâl al-Hadith de l’Ayatollah al-Khô’î, Vol. 1 page 19
  8. 8. Sourate al-Hujurât (49 – Les appartements), verset 12
  9. 9. Sourate al-Najm (53 – L’étoile), verset 28

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